Si le rire s’écrit au singulier, il s’entend toujours au pluriel. Certes, il manifeste la joie pure, la bonne humeur, les retrouvailles, mais aussi la détresse, le sentiment de supériorité, la haine, la honte, la timidité, le triomphe, la raillerie, la surprise, l’embarras, la politesse, l’incrédulité, le dédain, la morgue, le défi, la volonté de sauver les apparences ou de mettre à distance une émotion, etc. Certains rires sont liés au comique d’une histoire ou des circonstances, d’autres à la jubilation d’exister, de jouer, d’être ensemble, au chatouillement, d’autres encore au soulagement d’avoir échappé d’un souffle au danger. La disparition d’une contrainte suffit parfois à le provoquer.
David Le Breton est professeur de sociologie à l’univ. de Strasb. Membre senior de l’Institut Universitaire de France. Titulaire de la chaire « Anthropologie des mondes contemporains » de l’Institut des Études Avancées de l’université de Strasbourg (USIAS). Auteur notamment de : Sourire. Une anthropologie de l’énigmatique (Métailié), Rire. Une anthropologie du rieur (Métailié); Marcher la vie. Un art tranquille du bonheur (Métailié). Derniers ouvrages parus : La fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale (Métailié) et Cicatrices. L'existence dans la peau (Métailié)